Chronologie détaillée et lieux de combats (5 – 11 juin 1940)

A partir du 5 juin, contenir l’ennemi le plus longtemps possible apparait comme la seule stratégie possible pour Weygand, qui prescrit une défense en hérisson afin d’isoler les blindés allemands. Derrière ces hérissons, ce qui reste de la cavalerie française sera chargé des contre-attaques.

Carte 1 – La dynamique des combats durant la ligne Weygand (cantons) (5 juin-11 juin)

Les fleuves de la Somme et de l’Aisne ne sont pas comparables à la Meuse, et ne constituent pas des « difficultés naturelles ». Il n’y a donc pas de vrai obstacle à l’offensive allemande qui se prépare en provenance du Nord. Une fois la Somme franchie, on arrive sur les plaines sans obstacle de la grande Champagne qui favorisent le couple panzer/aviation allemand. L’armée française va mener pourtant un combat perdu d’avance au prix de lourdes pertes en espérant pouvoir reconstituer avec les Anglais un nouveau corps d’armée et voir les USA intervenir.

Tableau 1 – Les pertes par zones de combat (par arrondissements) du 5 au 12 juin 1940

Arrondissements EffectifsPourcentages
802-Amiens1 72912,7
24-Soissons1 50611,0
82-Rethel9547,0
22-Laon9326,8
804-Péronne7905,8
84-Vouziers6664,9
602-Clermont6244,6
803-Montdidier5774,2
603-Compiègne5153,8
513-Reims4733,5
21-Château-Thierry4513,3
604-Senlis3872,8
801-Abbeville3852,8
761-Dieppe3432,5
601-Beauvais2892,1
512-Epernay2641,9
271-Andelys2471,8
553-Verdun2191,6
594-Dunkerque2121,6
511-Châlons en Champagne1791,3
763-Rouen1401
Total 20 premiers11 74286,1
Ensemble13 464100
Source: SGA-Mémoires des Hommes/Claude Dupuy

Le tableau et la carte qui précèdent, montrent l’intensité des combats ainsi que les points de résistance et de points de rupture du front qui conduisent le 12 juin à l’effondrement définitif de l’armée française. Ces points de rupture se situent près de la Manche où Rommel perce et permet l’encerclement de l’armée française à Saint-Valéry-en-Caux. Dans les régions de Péronne et Soissons, qui ouvrent la voie vers Paris et à Saint-Porcien, les soldats qui résistaient dans les Ardennes doivent se replier. Les Français n’ont plus les moyens de tenir un front large qui va de la Manche aux Ardennes et des trous existent entre les hérissons mis en place par Weygand. La ligne de défense repose sur les 150 km de la Somme puis sur l’Ailette et ses canaux. Sur l’Aisne en amont de Berry au Brac, le secteur est facile à défendre, mais en aval, il n’existe pas d’obstacles dans les plaines de Champagne.

Weygand a parfaitement conscience de la précarité de la situation, mais il espère encore pouvoir mobiliser des troupes fraîches, réarmer les troupes de Dunkerque et contenir l’ennemi jusque mi-juin.

Le plan rouge (5 juin)

Les Allemands déclenchent le plan rouge (Fall Rott) le 5 juin 1940. Le groupe d’armée Von Bock est chargé de rompre les défenses de la Somme et Von Rundstedt a pour objectif de traverser la Champagne avec ses panzers divisions.

L’offensive débute avec d’intenses bombardements mais les régiments d’infanterie, souvent de réserve ou Africains, parviennent à résister et infligent de lourdes pertes aux Allemands dans le secteur d’Amiens (1729 tués). Autour de Dury (56e RI), Rumigny (351e RA, 306e RA, 37e RA, 315e RA) ou à Vers sur Selle (29e RI) ou Saint Fuscien (89e RI), l’offensive allemande déclenchée le 5 juin ne parvient pas à briser la ligne Weygand. Le scénario est le même à l’ouest d’Abbeville où la 31e Division d’infanterie et les Ecossais de la 51e Division d’infanterie résistent en forte infériorité numérique.

Entre Abbeville et Amiens, c’est Rommel qui mène l’offensive entre Hangest et Longpré.

Dans les airs, ce qui reste de la chasse française multiplie les exploits désespérés abattant même le meilleur pilote allemand.

Dans l’Aisne, des combats intenses ont lieu à partir du 5 juin avec l’offensive allemande en direction de Soissons qui débute par d’importants bombardements. 9 divisions allemandes vont attaquer les 3 divisions françaises qui s’étaient positionnées sur le canal de l’Ailette (87e Division d’infanterie d’Afrique, 7e Division d’infanterie et 28e Division d’infanterie Alpine).

Le front se fissure entre Amiens et Abbeville

La ligne Weygand résiste sur le front de la Somme. Cette résistance exacerbe les haines racistes de certaines unités allemandes et lorsque Rommel mène son attaque le 5 juin entre Longpré et Hangest, il se heurte à la 5e Division d’infanterie coloniale et à ses tirailleurs sénégalais. Autour de Condé Folie, Dreuil-Hamel et d’Airaines, ceux-ci se défendent et provoquent de lourdes pertes. Les troupes de Rommel se vengent en assassinant plus d’une centaine de tirailleurs prisonniers.

Les massacres de tirailleurs dans cette zone se poursuivent jusqu’au 7 juin. Rommel perce ensuite le plateau d’Hornoy et atteint la Seine le 8. Cette percée coupe en deux le front et isole le 9e corps d’armée du général Ilher.

De fait, les allemands misent sur le secteur de Péronne (790 tués). Ce secteur résiste à la stratégie Allemande qui doit employer d’importants moyens (3e et 4e, 9e et 10e panzers divisions notamment). Ils se heurtent pendant une semaine à la défense de la 7e division d’infanterie Nord Africaine et aux 19e et 29e Divisions d’infanterie ainsi qu’à la 1e Division cuirassée. A Marchélepot au sud de Péronne (et dans les villages de Miséry, Licourt), le 22e Régiment de marche de volontaires étrangers défend le secteur au prix de très lourdes pertes. Dans ce secteur, le 60e régiment d’infanterie perd 300 hommes dans la seule journée du 6 juin.

Le 6 juin, l’ordre de repli sur l’Aisne montre bien la difficulté de l’armée française même si certains secteurs ont résisté comme sur le canal de l’Ailette où la 87e Division d’infanterie d’Afrique (qui vient d’Algérie) se bat à 1 contre 2. Les pertes sont lourdes au sein du 9e Régiment de zouaves et du 17e Régiment de tirailleurs algériens.

Le 6 juin, Paul Reynaud remanie son gouvernement et fait rentrer le général De Gaulle comme sous-secrétaire d’État à la Défense nationale et à la Guerre. Le gouvernement est divisé : Pétain et Weygand envisagent une demande d’armistice et De Gaulle et Mandel veulent continuer le combat avec les Anglais (qui accélèrent la reconstitution d’un corps expéditionnaire) en s’appuyant sur l’Afrique du Nord.

Les combats sont très intenses dans le secteur de Pinon. Les Français résistent, mais les Allemands progressent par Chavignon vers le Chemin des Dames et La Malmaison. Le 6 juin au soir, les Français se replient et Noyon est prise le 7.

Depuis le 5 juin, les 16e et 24e Division d’infanterie combattent entre Amiens et Saint Quentin au prix de très lourdes pertes, mais doivent peu à peu reculer sur l’Avre (Ailly et Roye) avec les autres divisions, qui cèdent définitivement le front de Somme. C’est l’ensemble de la ligne Weygand qui cède et l’État-major met en place un front « de fortune  » sur la Seine en créant à partir d’éléments divers une Armée de Paris chargée de défendre la capitale entre Vernon et Pontoise sur les positions de la ligne Chauvineau.

Les Allemands progressent au prix de lourdes pertes (7-8 juin)

Plus au sud, les combats visent à tenir les ponts. Les Allemands atteignent la rive sud de l’Aisne à Sermoise, Acy et Serches, Chacrise, Missy aux Bois les 7 et 8 juin. Soissons tombe le 8 malgré la défense des 11e et 28e Régiments de chasseurs alpins. Au total, 1506 soldats français sont tués autour de Soissons. Le 9 juin, d’intenses combats ont lieu à Fère-en-Tardenois et la Croix-sur-Ourcq tandis que Rouen tombe. Le 10 juin Château Thierry tombe. 

Si Rommel réussit sa manœuvre, une grande partie de l’assaut allemand piétine à l’est. De Château-Porcien au nord de Reims, jusqu’à Stenay près de Verdun, la Wehrmacht, qui a engagé des moyens très importants doit faire face à l’opposition d’une armée française qui se bat à 1 contre 3 tant du point de vue humain que matériel. Dans ce secteur, la défense tient toujours sur l’Aisne que les Allemands attaquent les 9 et 10 juin.

A droite de la 14e Division d’infanterie, ce sont les troupes du sud-ouest qui se battent au sein de la 36e Division d’Infanterie sur le front Attigny-Voncq-Le Chesne sur le canal des Ardennes. Ils couvrent un front trop important et se battent aussi à un contre trois. Le 9 juin, les Allemands, tenus en échec jusqu’alors, lancent l’offensive qu’ils veulent finale sur ce secteur. En quelques heures, ils établissent une tête de pont sur l’Aisne et percent sur 10 km, mais une contre-attaque du 4e Bataillon de chars de combat et des tirailleurs sénégalais du 5e RICMS les repousse à Voncq.

A Oches, les combats sont aussi très meurtriers (bois de Sy) puisque 51 000 soldats français (6e Division d’infanterie, 36e Division d’infanterie et 1e Division d’infanterie coloniale) font face à 90 000 soldats allemands. Comme sur le reste du front, l’offensive du 9 juin estrepoussée au prix de très lourdes pertes. De Sommauthe à Stenay, la 1e Division d’infanterie coloniale (2e Régiment d’infanterie coloniale et 12e et 14e régiment de tirailleurs sénégalais) repoussent aussi l’assaut et font de très nombreux prisonniers.

D’autres secteurs résistent toujours depuis le début de la guerre, c’est le cas de « l’enfer vert » d’Inor qui couvre le début de la ligne Maginot de l’Est. Pendant plus d’un mois depuis Sedan, la 6e Division d’infanterie Nord-Africaine (21e régiment de tirailleurs algériens notamment), la 3e Division d’infanterie coloniale, la 3e Division d’infanterie Nord-Africaine, et la 51e Division d’infanterie tiennent ce front au nord de Verdun.

10-11 juin: l’Italie entre en guerre et les Allemands percent définitivement la ligne Weygand, Paris est déclarée « ville ouverte »

Le 10 juin, l’Italie déclare la guerre à la France et à l’Angleterre. Le front des Alpes s’ouvrent alors.

Pendant ce temps, le front de l’Aisne est enfoncé par les panzers division les 10 et 11 juin à Château Porcien : 158 000 hommes et 1 200 chars écrasent les 35 000 soldats français et 120 chars. Le 7e Corps d’armée (44e,45e,47e DI) cède aussi à Reims et la voie vers Paris est largement ouverte aux panzers divisions. Reims tombe le 11 juin.

Le 10 et 11 juin, la tentative de rembarquer de Saint-Valéry-en-Caux a un effet limité (2137 Britanniques et 1184 Français embarqués). Malgré une défense importante, la poche tombe le 12 juin.

Les Français reculent vers la Marne et la défense de Paris s’établit autour de la ligne Chauvineau. Les combats sur ce secteur de l’Oise, du canal de l’Ourcq et de la Marne sont intenses (à Ormoy-Villers et Rosières notamment).

Le gouvernement a quitté la capitale et s’établit sur les bords de Loire tandis que Paris est déclaré « ville ouverte ». L’exode des Parisiens est massif. Le gouvernement ne veut pas lui faire subir le sort de Rotterdam. Les partisans d’une armistice (Pétain et Weygand) font entendre leur voix face à De Gaulle et Mandel associés aux Britanniques qui veulent maintenir le plus longtemps possible les Allemands sur le sol français.

Le 11, le rapport de force est trop défavorable et la ligne Weygand est percée en plusieurs points. Paris est sur le point de tomber malgré les défenseurs de l’Oise.

Pour citer cet article : Claude Dupuy et Paul Maneuvrier-Hervieu, 2020, « Chronologie détaillée et principaux combats (5 juin – 11 juin 1940)», Les Soldats Oubliés, (année, mois, jour de consultation), consulté depuis http://mortsoublies.fr.

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