Les soldats aquitains dans la campagne de France (10 mai – 25 juin 1940)

Entre le 10 mai et le 25 juin 1940, 4 895 soldats originaires de la région Nouvelle-Aquitaine tombent au combat, soit 8,3 % des 49 443 soldats nés en France décédés lors de la campagne de France. Il s’agit de la troisième région française la plus touchée derrière Les-Hauts-de-France et l’Île-de-France.

La Nouvelle-Aquitaine a donc un statut particulier : pourtant peu concernée par les combats sur son territoire, elle enregistre un nombre de décès proportionnellement plus important que d’autres régions françaises. Plus de 25 % des soldats aquitains tués au combat proviennent des départements de la Gironde et des Pyrénées-Atlantiques.

Tableau 1 – L’origine départementale des soldats aquitains morts durant la campagne de France (10 mai- 25 juin)

Département d’origineEffectifsPourcentages
33 – Gironde70714,4
64 – Pyrénées-Atlantiques (ex Basses-Pyrénées)57911,8
17 – Charente-Maritime (ex Charente-Inférieure)4639,5
87 – Haute-Vienne4579,3
86 – Vienne4008,2
24 – Dordogne3978,1
79 – Deux-Sèvres3938,0
40 – Landes3757,7
19 – Corrèze3477,1
16 – Charente3447,0
23 – Creuse2475,0
47 – Lot-et-Garonne1863,8
Ensemble4 895100
Source : SGA-Mémoire des Hommes/Claude Dupuy

Sur la carte suivante, réalisée à partir du recensement de 1936 (INSEE), le taux de mortalité diffère entre les départements de la région. Le taux de mortalité pour 10 000 habitants est ainsi faible dans l’axe de la Garonne tandis que dans les Landes, le Béarn et le Pays basque figure parmi les plus élevés de France. Dans le département des Landes, il est ainsi supérieur à 16 pour 10 000 habitants soit un taux comparable à celui de l’Aisne et supérieur à ceux des départements du Nord ou du Pas-de-Calais pourtant marqués par les combats.

Carte 1 – Origine départementale des soldats tués lors de la campagne de France (10 mai – 25 juin 1940)

Si l’on s’intéresse aux lieux de décès des soldats aquitains lors de la campagne de France, 4 572 soldats décèdent sur le sol français (93,4 %) et 312 en Belgique (6,4 %).

Tableau 2 – Pays de décès des soldats aquitains morts durant la campagne de France (10 mai – 25 juin 1940)

Pays de décèsEffectifsPourcentages
Belgique3126,4
France4 57293,4
Luxembourg50,1
Pays-Bas60,1
Ensemble4 895100
Source : SGA-Mémoire des Hommes/Claude Dupuy

La carte suivante représente les lieux de décès des soldats originaires de la région Aquitaine et donc les principaux combats qu’ils ont mené durant la campagne de France.

Carte 1 – Lieux de décès (cantons) des soldats aquitains morts durant la campagne de France (10 mai – 25 juin)

Parmi les soldats aquitains tués au combat, 49,9 % sont des soldats d’infanterie et 4,9 % des tirailleurs. En effet, les soldats provenant des territoires ruraux sont souvent affectés dans des unités de l’armée coloniale.

Les principaux régiments des soldats Aquitains sont les suivants:

  • Le 3e Régiment d’infanterie coloniale (1e DIC) (128 soldats tués) (Rochefort) a livré d’importants et difficiles combats dans les Ardennes où de nombreux soldats français sont tués. Ils ont également combattu dès le début de la percée allemande autour de Beaumont-en-Argonne et Laneuville-sur-Meuse.
  • Le 57e Régiment d’infanterie (36e DI) (113 soldats tués) (Centre mobilisateur de Bordeaux) appartient à la 36e division d’infanterie localisée à Sainte-Menehould dans l’Argonne en 1940. Il a notamment participé aux combats de Voncq dans la région de Rethel dans Les Ardennes.
  • Le 18e Régiment d’infanterie (36e DI) (104 soldats tués) (Pau) est un régiment des Landes, du Pays basque et du Béarn. Il appartient aussi à la 36e division d’infanterie. Après avoir participé à l’offensive de la Sarre en 1939, il fait face à la percée allemande des Ardennes à partir du 13 mai 1940 et dans la région d’Attigny où il combat jusqu’au 23 juin.
  • Le 6e Régiment du Génie (100 soldats tués) (Angers).
  • Le 7e Régiment d’infanterie coloniale (90 soldats tués) (Rochefort). Ce régiment est engagé sur la Somme et l’Oise dès le 17 mai pour contenir l’avancée de Gudérian vers Paris. Plus de la moitié des soldats décèdent lors des combats menés à Dury. Il se replie ensuite sur l’Oise pour défendre la ligne Weygand. Après l’effondrement de la ligne Weygand, certains soldats de ce régiment combattent dans le Cher et l’Indre jusqu’au 20 juin 1940.
  • Le 121e Régiment d’infanterie motorisée (25e DIM)(32 soldats tués), il fait partie de la 25e Division motorisée de la VIIe Armée du Général Giraud qui intervient aux Pays-Bas. Il fait face à l’offensive allemande en Belgique près d’Anvers (Wuustewesel) avant de se retirer vers Bouchain pour participer à la défense de Lille. Ce régiment est fait prisonnier lors de la chute de Lille le 31 mai.
  • Le 123e Régiment d’infanterie (35e DI) (80 soldats tués) (Bordeaux) appartient au 35e Régiment d’Infanterie. Il combat dans Les Ardennes autour de Verrières puis dans la Meuse à Gimécourt avant d’être fait prisonnier après la signature de l’armistice.
  • Le 63e Régiment d’infanterie (24e DI) (60 soldats tués) (centre mobilisateur Limoges) appartient à la 24e division d’infanterie. Les soldats tués viennent de la zone charentaise et de la Vienne. Il est engagé sur la Somme et l’Oise début juin pour la défense de la ligne Weygand (Essertaux, Ailly sur Noye…) avant de participer aux combats autour d’Amiens et d’être fait prisonnier à la mi-juin.
  • Le 50e Régiment d’infanterie (24e DI) (56 soldats tués) est engagé dans la Somme et l’Oise début juin. Il combat à Bosquel et Rogy (Somme). Une partie du régiment est capturée à Bosquel le 8 juin.
  • Le 32e Régiment d’infanterie (23e DI) (55 soldats tués) . Ce régiment, parti de Tours, combat dans la Sarre en 1939. Au début de mai 1940, il est mobilisé sur le front de l’Aisne (Tergnier, Vouël, Viry-Noureuil) où il combat jusqu’au mois de juin en subissant de lourdes pertes. Suite à la percée de la ligne Weygand et au franchissement de la Somme par les Panzers à Péronne, il se replie dans le Loiret (Gien) à partir du 16 juin pour empêcher les Allemands de traverser la Loire avant de se replier près de Bellac.
  • Le 77e Régiment d’infanterie (18e DI) (55 soldats tués) (régiment des Charentes et du Poitou), combat en Belgique avant de se replier dans le département du Nord.
  • Le 66e Régiment d’infanterie (18e DI) (48 soldats tués), localisé à Issoudun, il est d’abord déployé en Lorraine dans le secteur fortifié de la Sarre avant d’être transféré en Belgique pour participer à la manœuvre Dyle-Breda. Positionné sur la Meuse d’Anhée à Hastières, il est attaqué le 12 mai par la 5e Panzer division de Rommel à l’écluse de Houx. Après des combats à Falaën et Ermeton-sur-Biert, le régiment se replie sur La Bassée (23 mai) pour défendre le camp de Steenvoorde (24 mai). Certains rescapés se battent à Dunkerque mais la majorité des soldats valides sont faits prisonniers.
  • Le 78e Régiment d’infanterie (24e DI) (48 soldats tués), est un régiment mobilisé pour défendre la ligne Weygand. La plupart des soldats sont nés dans la Vienne, les Charentes ou la Dordogne. Il combat dans la Somme et l’Oise (Hardivillers, Erquinvillers…) avant d’être fait prisonnier lors de l’armistice.
  • Le 60e Régiment d’infanterie (13e DI) (45 soldats tués)(Besançon), est également mobilisé pour défendre la ligne Weygand. Positionné autour de Picquigny et d’Ailly-sur-Somme, il subit de nombreuses pertes dans ce secteur avant de se replier pour combattre autour de Paris où de nombreux soldats sont faits prisonniers.
  • Le 11e Régiment d’infanterie (35e DI) (37 soldats tués), initialement localisé en Moselle, combat à partir du 20 mai dans une des zones les plus difficiles des Ardennes (Sy) où il tient le front jusqu’au 10 juin avant de se replier la Meuse à Islettes, puis dans la région de Veaucouleurs. Il est capturé près de Germiny le 21 juin 1940.
  • Le 24e Régiment d’infanterie (10e DI) (35 tués Aquitains), engagé dès le début de la guerre dans les Ardennes, il participe aux combats dans ce secteur jusqu’à la mi-juin. Le 10 juin, il est fait prisonnier.

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive. D’autres soldats aquitains décèdent en mer suite au torpillage du Sirocco à Dunkerque le 30 mai (16e Régiment d’artillerie divisionnaire) ou encore lors des bombardements de Rennes (64e Régiment d’artillerie d’Afrique). Enfin, 54 aviateurs aquitains décèdent lors de combats contre l’aviation allemande et 88 soldats sont tués dans leurs chars de combat.

A ces pertes, il faut ajouter les 241 soldats aquitains appartenant à des régiments de tirailleurs. Ces régiments pouvaient en effet être mixtes et des réservistes étaient souvent utilisés poure renforcer ces régiments. Lors de la résistance des unités du futur Maréchal Juin en Belgique à Gembloux, les tirailleurs marocains combattent aux côtés de réservistes aquitains. Des soldats aquitains tombent également au combat aux côtés des tirailleurs algériens lors de « l’enfer vert d’Inor » sur la Meuse (19-20 mai), ou à Malandry dans les Ardennes (14e et 15e tirailleurs algériens). Ils font aussi partie des derniers combattants qui se sacrifient pour permettre le rembarquement de Dunkerque (1e, 2e et 7e Régiment de tirailleurs marocains).

Ceux qui combattent au sein des régiments de tirailleurs sénégalais, tombent au combat à Beaumont-en-Argonne (12e Régiment de tirailleurs sénégalais) sur la Somme et l’Oise (Bazincourt sur Saulx) (14e et 16e Régiment de tirailleurs sénégalais). D’autres combattents également à Néron fin juin (Eure-et-Loir) au sein du 24e Régiment de tirailleurs sénégalais.

Tableau 3 – Type d’unités des soldats aquitains morts durant la campagne de France (10 mai – 25 juin)

Type d’unitéEffectifsPourcentages
Infanterie2 44049,9
Artillerie78516,0
Cavalerie4719,6
Tirailleurs2414,9
Génie2064,2
Pionniers1643,4
Train1432,9
Chars881,8
Aviation861,8
Marine300,6
Ouvriers300,6
Légion140,3
Transmissions110,2
Régiment régional100,2
Garde républicaine80,2
Etat-Major40,1
Ecole30,1
Gendarmerie30,1
Autres unités581,2
Inconnu1002,0
Ensemble4 895100
Source: SGA-Mémoire des Hommes/Claude Dupuy

La première description des combats menés par les Aquitains dans cette campagne de France permet de faire une synthèse.

Lors de l’offensive allemande, 972 Aquitains perdent la vie dont un tiers en Belgique et un peu moins deux tiers dans les Ardennes en essayant de défendre la Meuse face à Rommel. Cela représente ainsi 7,7% des pertes de l’armée française entre le 10 et le 20 mai 1940.

Tableau 4 – Périodes de décès des soldats aquitains morts durant la campagne de France (10 mai – 25 juin 1940)

PériodeEffectifsPourcentages
L’offensive allemande (10 mai – 20 mai)97219,9
Contenir l’ennemi et refuser l’encerclement (21 mai-4 juin)107522,0
Les dernières digues (5 juin-11 juin)138628,3
L’effondrement (12-25 juin)146229,9
Ensemble4895100
Source: SGA-Mémoire des Hommes/Claude Dupuy

Entre le 21 mai et le 4 juin 1940, 1 075 soldats aquitains tombent au combat. Il s’agit pour l’essentiel de soldats qui meurent en se repliant de Belgique. Enfin, 310 d’entre eux meurent lors de l’opération Dynamo à Dunkerque en défendant la ville au sein des tirailleurs marocains ou en mer lors du naufrage du Sirocco (artilleurs).

Les régiments néo-aquitains sont particulièrement impliqués dans la fin de guerre, car Weygand fait appel à ces régiments de réserve du Sud Ouest pour tenir la Somme et l’Oise. Leur forte contribution explique que 28,3% d’entre eux y laissent la vie. Ils représentent 10,2% des pertes de l’armée française durant cette période très sanglante. Ils sont à ce moment toujours très impliqués dans la défense du front des Ardennes sous la direction du futur Maréchal De Lattre de Tassigny.

Entre le 12 et le 25 juin, période la plus meurtrière de la campagne de France, 1 462 Aquitains perdent la vie (29,9%). Ils représentent 8% des pertes de l’armée française.

Au total, les soldats aquitains ont combattu au sein de trois grandes zones de combat : dans les Ardennes, en Belgique et dans le Nord de la France et dans les départements de la Somme et de l’Oise.

Tableau 5 – Département de décès des soldats aquitains morts durant la campagne de France (10 mai – 25 juin)

Département de décèsEffectifsPourcentagesPourcentages sur exprimés
08 – Ardennes62412,813,7
59 – Nord56411,512,4
80 – Somme50110,211,0
55 – Meuse3757,78,2
60 – Oise3527,27,7
02 – Aisne3356,87,4
51 – Marne2996,16,6
62 – Pas-de-Calais1903,94,2
88 – Vosges1733,53,8
54 – Meurthe-et-Moselle1112,32,4
45 – Loiret962,02,1
10 – Aube901,82,0
76 – Seine-Maritime (ex Seine-Inférieure)761,61,7
57 – Moselle561,11,2
25 – Doubs541,11,2
67 – Bas-Rhin541,11,2
27 – Eure491,01,1
89 – Yonne450,91,0
77 – Seine-et-Marne370,80,8
68 – Haut-Rhin280,60,6
Total 20 premiers départements410984,090,2
Ensemble455593,1100
Source: SGA-Mémoire des Hommes/Claude Dupuy

Les combats sont très meurtriers dans le département de la Meuse et en particulier dans l’arrondissement de Verdun à Stenay. L’autre principale zone de combat se situe sur la ligne de défense le long de la Somme et de l’Oise. Les soldats Aquitains sont en effet impliqués sur toute la ligne de front et notamment dans l’arrondissement d’Amiens. Les combats sont également très meurtriers dans le canton d’Attigny où 171 Aquitains sont tués mais aussi à Ailly-sur-Noye (133 tués) ou Ailly-sur-Somme (93 soldats tués). Les combats sur l’Oise sont aussi très meurtriers autour de Compiègne (128 soldats tués), de Senlis (89 soldats tués) et de Clermont (79 soldats tués).

Tableau 7 – Cantons de décès des soldats Aquitains morts durant la campagne de France (10 mai – 25 juin)

Décès par cantons – 20 premiersEffectifsPourcentagesPourcentages sur exprimés
819 – Vouziers1994,14,4
801 – Attigny1713,53,8
5996 – Dunkerque1442,93,2
8003 – Ailly sur Noye1332,72,9
5514 – Stenay1262,62,8
8004 – Ailly sur Somme962,02,1
803 – Carignan861,81,9
5917 – Dunkerque (2)761,61,7
5101 – Anglure701,41,5
808 – Château-Porcien661,31,5
6019 – Saint Just en Chaussée591,21,3
5508 – Dieue sur Meuse501,01,1
8011 – Amiens (6)481,01,1
6017 – Noyon450,91,0
5997 – Dunkerque440,91,0
205 – Fère en Tardenois430,90,9
5120 – Reims400,80,9
5401 – Baccarat370,80,8
5506 – Clermont en Argonne370,80,8
6298 – Lille370,80,8
Total 20 premiers cantons de décès1 60732,835,5
Ensemble4 52792,5100
Source : SGA- Mémoire des Hommes/Claude Dupuy

Pour citer cet article : Claude Dupuy, « Les soldats aquitains durant la campagne de France (10 mai – 25 juin 1940) », Les Soldats Oubliés, (année, mois, jour de consultation), consulté depuis http://mortsoublies.fr.

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