Mourir en Belgique (10 mai – 25 juin 1940)

Dès mars 1940, les Allemands débattent du plan Von Mainsten qui consiste à attirer les forces vives alliées en Belgique et à les contourner par les Ardennes. Ce plan , choisi par Hitler contre l’avis de son Etat-major, va parfaitement fonctionner.

Début mai 1940, les alliés savent qu’une offensive va se déclarer en Belgique entre le 8 et le 10 mai. Leur plan de riposte est prêt (le plan Dyle) qui consiste à contenir les Allemands en leur opposant les troupes les plus modernes des alliés (1e et 7e armées françaises et Corps expéditionnaire britannique).

Le 10 mai, les Allemands attaquent notamment par des attaques de commandos parachutés sur la Hollande. La France va se porter au secours des Pays-Bas (qui font face à une importante offensive aéroportée) et de la Belgique. Elle engage en Belgique ses meilleures unités motorisées, mais avec un faible soutien aérien . L’autre faiblesse sera son absence de DCA alors que les Allemands maîtrisent l’espace aérien. Lors de cette offensive très rapide, rien ne se passe comme prévu.

Carte 1 : Les lieux de décès pendant la campagne de Belgique

Lorsque les commandos parachutistes lancent l’offensive le 10 mai, les Belges ont à faire face à un premier effet de surprise, de la Hollande au Luxembourg, des unités passent derrière les lignes de défense, et cherchent à contrôler des points stratégiques notamment des ponts qui doivent permettre aux blindés de traverser la Belgique et la Hollande. Ces opérations ne sont pas toutes des réussites, mais en moins de 24H , les Allemands ont pris le contrôle de suffisamment de points de passage.

Un point crucial de cette offensive est la prise du Fort belge d’Eben-Emael qui contrôle la Meuse et le canal Albert à l’est de Liège non loin de Maastricht. Il est jugé « imprenable » par les alliés. Il sera pris en moins de 36 h jetant le trouble dans tout le dispositif allié. Cette guerre ne ressemblerait donc pas à la précédente. Dans le même secteur, les Allemands, détruisant méthodiquement les transmissions belges, prennent le contrôle des noeuds stratégiques que les Belges ne peuvent plus détruire faute d’ordres et d’informations.

Le même type d’opération se déroule en Hollande notamment autour du port de Rotterdam que les Allemands veulent contrôler pour éviter un débarquement de renforts alliés. Malgré des résistances belges et hollandaises, rendues difficiles à cause de la nature de l’offensive, la première partie de l’offensive allemande a parfaitement réussi. La 7e et 22e Divisions aéroportées fixent les petites armées belges et hollandaises et laissent le chemin libre aux panzers divisions qui arrivent d’Allemagne.

Sur le front ardennais belge et luxembourgeois, les mêmes stratégies sont employées: contrôler les points de passage avant les alliés et éviter leur destruction. Dès le 10 mai au matin, les Allemands atterrissent à Nives et à Witry près de Martelange. Ils y rencontrent les chasseurs ardennais belges et un groupe de reconnaissance de division d’infanterie français (ce sont les premiers tués sur ce front), mais prennent le contrôle de ces localités. Il en est de même du côté d’Aessen, mais ils rencontrent une vive opposition du 3e Régiment d’auto-mitrailleuse français et du 4e régiment de spahis, leur opération échoue.

Enfin, la luftwaffe bombarde les aérodromes alliés , elle détruira 232 avions sur les 1300 de l’armée française ce qui est assez considérable.

Les alliés mettent en oeuvre le plan Dyle:

-côté français , la 7e armée française du général Giraud doit soutenir les Hollandais en se positionnant dans le secteur de Breda avec la 1e Division légère mécanique qui est une unité d’élite motorisée qui se positionne dans la région de Tilburg. Plus au sud, la 1e armée du général Blanchard doit se déployer au centre du triangle Louvain-Namur-Liège (position Dyle-Gembloux) . Pour cela , il faut ralentir l’avancée allemande et la cavalerie du général Prioux est chargée de protéger cette mise en place en allant à la rencontre de l’ennemi à Hannut. La 3e Division légère mécanique se positionne vers Namur. La 5e Division légère de cavalerie se positionne dans les ardennes belges dans le secteur de Neufchâteau.

-côté Britannique, le Corps expéditionnaire se déploie entre Louvain et Wavre sur la Dyle, non loin de Bruxelles.

Le 10 au soir, côté Alliés tout semble se dérouler comme prévu.

En deux jours pourtant, tout l’édifice va se lézarder et l’on va basculer dans la tragédie.

Si le 10, les Chasseurs Ardennais avaient bloqué pendant 8h la progression de la 1e Panzer division à Bodange dans les Ardennes belges, tout change le 11, la 5e Division légère mécanique française (moins bien équipée que ses adversaires) est submergée en quelques heures à Neufchâteau. Le front des Ardennes belges est percé et Gudérian arrive à la frontière française le 11 au soir après de derniers combats menés par ce qui reste de la 5e Division légère de Cavalerie. Il établit son quartier général à Bouillon le 12.

Malgré des reconnaissances aériennes qui montrent les files de blindés dans les Ardennes belges , malgré la percée de Neufchâteau, l’Etat major n’arrive toujours pas à voir ce qui va se passer à quelques dizaines de kilomètres de Bouillon: l’offensive sur Sedan.

12 et 13 mai: le sort bascule aux Pays-Bas et sur la Meuse

L’offensive aux Pays-Bas s’intensifie et malgré une importante résistance, l’armée hollandaise qui a des difficultés de communications se replie peu à peu. La 1e Division légère mécanique combat sur le canal de Turnhout, mais se heurte à l’efficacité de la tactique allemande qui contrôle les points d’accès. Ceux-ci n’auraient pu être réduits que par des troupes d’infanterie qui ne viendront pas et cette division se replie le 13 au soir au sud du canal Albert laissant l’armée hollandaise seule aux avant-postes. Cette décision est aussi liée à l’effondrement du coeur du dispositif français sur la Meuse.

Les combats sont intenses sur les îles hollandaises à Flessingue mais dans ce secteur aussi, les Français doivent se replier.

Les Allemands s’emparent de Liège le 12 avec très peu de pertes.

La Meuse franchie en 24H

Les Allemands arrivent (Rommel notamment) sur la rive droite de la Meuse le 12 mai.

Leur objectif est de mettre en place des têtes de pont. Les armées belges et françaises se sont positionnées sur la rive gauche. Du 12 au 14 mai 1940, les combats s’engagent pour les forces françaises autour de Haut le Wastia, Onhaye, Anhée.

Les Allemands franchissent la Meuse à l’écluse de Houx et Rommel à Bouvignes (12 mai).

Le franchissement de la Meuse

Les combats sont très meurtriers à Anhée (Mont-noir).

Autour de Haut le Wastia, les français résistent et ne se replieront que le 13 (129e Régiment d’infanterie notamment).

Le village de Haut le Wastia sera repris le 14 par le 14e Régiment de Dragons Portés et le 129e Régiment d’infanterie mais les soldats français seront obligés de se replier.

Les combats sont particulièrement meurtriers à Anhée qui est attaquée le 12 mai par la 5e panzer division, qui a passé la Meuse, les soldats du 129e Régiment d’infanterie vont y subir de très lourdes pertes.

Le scénario est le même à Anthée, attaqué par Rommel le 13, qui est défendu par le 23e Régiment de tirailleurs algériens et par des éléments de la 1e Division légère de cavalerie.

Le bilan est lourd de ces premiers jours autour de Dinant. Outre les pertes, le plan qui faisait de la Meuse un rempart à l’offensive allemande est un échec. Les Allemands n’auront mis que 24H à traverser ce fleuve le même jour où ils percent à Sedan!

La Wehrmacht peut progresser rapidement vers Philippeville qui tombe le 15. L’Etat-major français décide alors de renforcer ce secteur en transférant du secteur de Gembloux , la 1e Division cuirassée.

Cette contre-attaque est aussi soutenue par la présence de deux régiments de tirailleurs de la 4e Division d’infanterie Nord Africaine.

Le 15 mai, la 1e Division cuirassée et la 4e Division Nord-Africaine combattent autour de Philippeville à Florennes , Beaumont ou La Rosée. La 1e DCR est battue par les panzers de Rommel à Flavion. Les chars français connurent lors de cette bataille des problèmes importants d’approvisionnement en essence limitant leurs actions. Lors du repli, en panne, ils furent détruits très facilement par les allemands et leurs équipages faits prisonniers.

La 1e Division cuirassée, a perdu l’essentiel de ses forces (100 chars) en une journée. Les pertes humaines sont aussi très importantes chez les tirailleurs.

Char détruit de la 1e DCR

Le 15 mai au soir, la percée de Rommel est acquise et l’ordre de se replier vers la France est arrivé. Ce qui reste de la 1e Division cuirassée traverse la frontière et s’établit à Solre le Château.

Les batailles de blindés de Hannut et Gembloux: victoire, mais retraite française

Au-dessus de Namur, le corps de cavalerie du général français Prioux (2e et 3e Division légère mécanisée) (380 chars) qui arrive de Maubeuge affronte du 12 au 14 mai à Hannut et Gembloux une Panzer Division de 680 chars. La 3e division mécanisée du général Langlois (220 chars) fait aussi face à 680 chars. Cette première grande bataille de chars de la Seconde Guerre mondiale fait de très lourdes pertes, mais cela restera une victoire française qui tient en échec temporaire les blindés allemands qui vont permettre au dispositif français de se consolider autour de Gembloux (notamment avec les tirailleurs marocains). Les objectifs de retardement sont atteints. La 1e armée française s’est positionnée (1e Division Marocaine et 15e Division d’infanterie motorisée).

Le 14 mai commence, de fait, la bataille de Gembloux qui sera la bataille la plus meurtrière de la campagne de Belgique. Au prix de lourdes pertes, notamment chez les tirailleurs marocains qui subissent de plein fouet l’attaque allemande du 15 mai, l’armée allemande est encore retardée dans sa progression. Les Français se replient sans avoir cédé le 15.

Mais le 15 mai, c’est la retraite globale face à la progression de l’armée allemande face aux Belges et à l’échec de la bataille d’arrêt que les alliés veulent mener sur la Dyle (ligne de défense d’Anvers). Bruxelles est occupée le 17 mai et Anvers le 18. À partir du 20, il ne s’agit plus que de contenir l’ennemi et de se replier vers Dunkerque.

Avec ses alliés, Belges et Britanniques mènent une dernière bataille du 23 au 28 mai sur la Dyle. Après d’importants combats sur la Dyle et face à un front qui se fissure, les Britanniques choisissent de se replier le 28 sur Dunkerque.

La Belgique se rend le 28 mai.  Le roi Léopold capitule contre l’avis de son gouvernement. Des éléments de l’armée Belge continuent le combat et certains seront rembarqués à Dunkerque.

1656 soldats sont morts le 14, 15, et 16 mai. Près de la moitié des morts de la campagne de Belgique.

Les chiffres clés de la base « Mémoire des hommes » pour la campagne de Belgique 

3606 soldats sont morts lors de cette campagne de Belgique, dont 287 aux Pays-Bas. 

Tableau 1-Le pays de décès des soldats répertoriés morts en Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg pour toute la campagne de France (10 mai-25 juin)

ModalitésEffectifsPourcentages
Belgique325790,3
Luxembourg621,7
Pays-Bas2878,0
Ensemble3606100,0
Source : SGA-Mémoire des Hommes / Claude Dupuy

Les pertes sont très importantes du 10 au 20 mai puisque 2674 soldats seront tués en Belgique, 247 aux Pays-Bas et 59 au Luxembourg en 10 jours. Toutefois, nous sommes très loin des morts journaliers pour la France pour la même période. Le repli vers le Nord de la France coûtera 556 tués.

Tableau 2 – La campagne de Belgique par grandes périodes et zones géographiques

PériodesEffectifsPourcentages
L’offensive allemande en Belgique (10 mai 20 mai)2 67474,2
L’offensive allemande au Luxembourg (10 mai-20 mai)591,6
L’offensive allemande aux Pays-Bas (10 mai-20 mai)2476,8
Refuser l’encerclement (20 mai 5 juin)55615,4
Total combats3 53698,1
Luxembourg occupé30,1
Pays-Bas occupés20,1
Belgique occupée651,8
Ensemble3 606100
Source : SGA-Mémoire des Hommes / Claude Dupuy

Les soldats tués dans la campagne de Belgique sont à 84,3 % d’origine française (ou *) et à 13,8 % d’origine d’Afrique, essentiellement des tirailleurs d’Afrique du Nord (13,4 %). 

Tableau 3 – L’origine géographique des soldats répertoriés morts durant la campagne de Belgique

Origine (zones)EffectifsPourcentages
Afrique de l’Ouest120,3
Afrique du Nord48313,4
Madagascar10,0
Moyen-Orient10,0
Total colonies ou protectorats49713,8
France285279,1
France*1875,2
Total France303984,3
Europe621,7
Turquie/Arménie50,1
Amérique du Sud30,1
Ensemble3606100
Source : SGA_Mémoire des Hommes / Claude Dupuy

Tableau 4 – Type d’unités des soldats répertoriés morts durant la campagne de Belgique (10 mai-25 juin 1940)

Type d’unitéEffectifsPourcentages
Infanterie146340,6
Cavalerie76321,2
Tirailleurs54415,1
Artillerie41811,6
Génie802,2
Train752,1
Marine601,7
Aviation481,3
Chars461,3
Pionniers300,8
Autres unités160,4
Ouvriers150,4
Régiment régional140,4
Transmissions20,1
Garde républicaine10,0
Gendarmerie10,0
École00,0
État-Major00,0
Légion00,0
inconnu300,8
Ensemble3 606100
Source : SGA-Mémoire des Hommes / Claude Dupuy

La campagne de Belgique est atypique par rapport à toute la campagne de France puisque l’armée française a engagé ses unités de cavalerie et de chars les plus modernes dans cette zone. 21,2 % des soldats tués sont liés à la cavalerie et 1,3 aux régiments de chars.

L’infanterie représente 40,6 % des pertes et les tirailleurs 15,1 %.

8,5 % sont engagés dans des régiments de tirailleurs marocains et 5,8 % de tirailleurs algériens. 

Tableau 5 – La région d’origine des soldats tués lors de la campagne de Belgique (10 mai – 25 juin 1940)

Région d’origineEffectifsPourcentagesPourcentages sur exprimés
Hauts-de-France36810,212,1
Bretagne3519,711,5
Nouvelle-Aquitaine3269,010,7
Normandie3118,610,2
Ile-de-France3108,610,2
Pays de la Loire2747,69,0
Grand Est2416,77,9
Auvergne-Rhône-Alpes2286,37,5
Centre-Val de Loire1664,65,5
Occitanie1203,33,9
Bourgogne–Franche-Comté1153,23,8
Provence-Alpes-Côte d’Azur351,01,2
Corse60,20,2
Guyane10,00,0
Indéterminé-France*1875,26,2
Ensemble3 03984,3100
Source : SGA-Mémoire des Hommes / Claude Dupuy

Les régions du Nord, Bretagne, Normandie, Nouvelle-Aquitaine et Ile de France représentent plus de 50 % des soldats tués.

Pour citer cet article : Claude Dupuy et Paul Maneuvrier-Hervieu, 2020, « Mourir en Belgique (10 mai – 25 juin 1940) », Les Soldats Oubliés, (année, mois, jour de consultation), consulté depuis http://mortsoublies.fr.

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