L’offensive Allemande : une chronologie détaillée (10 mai-20 mai 1940)

Le 10 mai 1940 à 5h45, l’armée allemande envahit le Luxembourg, les Pays-Bas et la Belgique. Au même moment, les villes de Calais, Dunkerque ou encore Metz ainsi que les voies de communication et les terrains d’aviation sont la cible de bombardements. En réponse, la France engage un groupe d’armée en Belgique tandis que le général Corap prend position dans les Ardennes belges.

Carte – La chronologie des combats (10 – 20 mai 1940)

Le 10 mai, les Allemands attaquent le fort d’Eben-Emaël (qu’ils prennent le 11) et passent le canal d’Albert. Cette victoire rapide permet aux chars Allemands d’avancer et de passer la Meuse malgré les bombardements de l’aviation alliée.

Le même jour, les combats s’engagent plus au Sud dans les Ardennes Belges à Bodange. Pour barrer leur progression dans les Ardennes, l’armée française positionne alors 5e Division légère de Cavalerie à Neufchâteau. La 1e Panzer division réduit ces deux points en moins de 48 heures. Après avoir traversé toute la Belgique, elle arrive le 11 mai à Bouillon près de la frontière française (où Guderian établit son quartier général le 12 mai).

Au nord de La Belgique et dans les Pays-Bas , malgré une importante résistance et le soutien de l’armée française de la 1ère Division légère mécanique (canal de Turnhout et Flessingue), l’armée Hollandaise est en difficulté et les français se replient le 12 au soir au Sud du Canal Albert.

Partout , l’avance allemande est manifeste. Le 12 mai, Liège tombe.

Au centre, sur la Meuse la 9e armée du général Corap et la 18e Division d’infanterie font face à Rommel qui arrive sur la Meuse le 12 mai au soir dans le secteur d’Anhée près de Dinan. Le 12 mai, il attaque et traverse la Meuse à Bouvignes pour établir une tête de pont. Cette percée lui permet de prendre à revers l’armée française.

A Hannut et Gembloux, du 12 au 13 mai, la première bataille de chars de la seconde guerre mondiale s’engage et se solde par une victoire française. Celle-ci est cependant inutile car dans le même temps, les Allemands font une percée à Sedan. C’est le seul secteur de Belgique qui a pu contenir l’offensive Allemande. Le général Prioux et ses blindés ont retardé l’offensive de 2 panzer divisions et un front temporaire s’installe jusqu’au retrait de la Belgique (front tenu par les tirailleurs marocains notamment).

La Hollande capitule le 15 mai après les bombardements meurtriers de Rotterdam. Des soldats Hollandais continuent pourtant de se battre avec les Belges et les Français en Zélande. Les alliés découvrent alors que les populations civiles deviennent un enjeu central de la guerre. L’exode des Belges paralyse les alliés dans leurs mouvements de troupes. Le même jour, la 1ère Division cuirassée est écrasée à Flavion par la 5e panzer division. Elle perd les trois quarts de ses 160 blindés et ouvre la voie vers la frontière française.

Maubeuge est bombardée le 16. Les pertes civiles sont importantes et la ville brûle.

Les Français reculent au prix de lourdes pertes derrière le canal Bruxelles-Charleroi (17 mai).

Bruxelles tombe le 17 mai aux mains des Allemands et Anvers le 18 mai. Pendant ce temps, la 1e armée française essaye de se réorganiser sur la rive Ouest de l’Escaut dans le département du Nord.

La retraite est amplifiée par l’entrée de Rommel dans l’Avesnois (17 mai au matin) malgré les ordres contraires de son État-major. Le 16 mai, il a en effet franchi les blockhaus de la ligne Maginot à Clairfayts et Solre-le-Château en traversant dans la nuit Avesnes-sur-Helpe. Ses chars tirent sans discontinuer et de très nombreux soldats se rendent suite à ce déluge de feu. Il poursuit ensuite sa route vers Landrecies sur la Sambre et fait plus de 10 000 prisonniers.

Autour du secteur fortifié de Maubeuge (ligne Maginot), les combats sont très intenses. Cette partie de la ligne Maginot est moins armée que la ligne Maginot de l’Est. Les allemands, entrés dans Maubeuge le 18 vont mener un siège des casemates qui résistent (Les Sarts, Boussois, Bersillies et La Salmagne). A 10 km de Maubeuge, la 5e Division Nord Africaine combat dans la forêt de Mormal qui est aussi fortifiée et subit de très lourdes pertes.

Les 17 et 18 mai, les combats qui s’engagent à Landrecies se soldent par le recul de l’armée française sur Le Quesnoy, et Jolimetz. Malgré la défense de cette dernière par les tirailleurs algériens (27e RTA) la ville tombe tandis que le siège de Le Quesnoy commence. Il va durer du 18 au 21 mai. Plus au Nord, la ville de Cerfontaine tombe (18 mai).

Le 18 mai, Paul Reynaud rappelle Pétain qui était ambassadeur à Madrid. Il est nommé vice-président du Conseil. Gamelin est limogé et remplacé par le général Weygand le 19 mai.

Pendant ce temps, près de Cambrai, la 9e armée du général Corap est encerclée et faite prisonnière avec son État-major. Cambrai et Saint Quentin tombent également le 18 mai. Dunkerque subit d’importants bombardements. En Zélande, les troupes Hollandaises, accompagnées de quelques soldats français, capitulent.

Les 19 et 20 mai les Britanniques détruisent les ponts sur l’Escaut à Tournai. Ce secteur est fortifié. L’État-major espère ainsi arrêter les Allemands avec les unités qui se replient depuis la Belgique. La 1ère Division d’infanterie motorisée (ou division du Nord) (43e de Lille, 110e de Dunkerque, 1e de Cambrai, 15e et 215e de Douai) se positionne entre Bruay sur l’Escaut et Saint Amand les Eaux avec le 54e Régiment d’infanterie.

Sedan et la percée de Guderian

La percée de Sedan est mise en place dans la nuit du 9 au 10 mai en même temps que l’offensive lancée en Belgique. Les panzers divisions du groupe Von Kleist se mettent en mouvement dans les Ardennes belges et françaises.

Les 12 et 13 mai, la première division blindée allemande du général Guderian perce à Sedan. L’attaque est massive et combine de façon coordonnée les troupes de chocs qui cherchent à traverser la Meuse et à établir une tête de pont, les panzers divisions et les attaques aériennes. Le ciel est alors Allemand en dépit de l’opposition française et les bombardements très violents. L’avance est rapide puisque le 13 mai la Meuse est franchie vers Glaire et Wadelincourt (Ardennes).

Le général Guderian décide alors d’attaquer vers l’Ouest. Cette avance ne va pas sans résistance des unités françaises, mais elles sont submergées par la puissance de feu de l’armée allemande. À l’Est, il se heurte à une résistance très importante dans les Ardennes. 2333 soldats français sont tués au combat en une dizaine de jours.

A 25km de Stonne et à 15km de Sedan, les Allemands attaquent la ligne Maginot. Proche de La Ferté, des combats très meurtriers ont lieu à Villy (qui est pris le 18) et dans le bois d’Inor dans le secteur défensif de Montmédy. La 3e Division Nord Africaine et la 6e Division d’infanterie font face à deux divisions (68e et 71e) qui cherchent à prendre à revers la ligne Maginot. Les tirailleurs algériens (14e et 15e RTA), le 12e Régiment de Zouaves et le 136e Régiment d’infanterie de forteresse vont combattre pendant 6 jours. Le bois d’Inor (« l’enfer vert d’Inor »), est un des lieux les plus meurtriers de cette campagne de France. Les régiments, notamment coloniaux, tiennent cependant jusqu’au 11 juin au prix de très lourdes pertes.

A Stonne et dans ses environs, l’armée allemande est bloquée et des combats font rage pendant plusieurs semaines. L’historien allemand Karl-Heinz Frieser parle de Stonne comme le Verdun de 1940. Ce village change de mains 17 fois en 3 jours.

Pendant ce temps, Gudérian cherche à sécuriser Sedan. Il engage donc à l’Est ses troupes d’élite. En face se trouvent la 3e division cuirassée de réserve (130 chars) et la 3e division d’infanterie motorisée. Une des plus violentes batailles débute alors sur un front Stonne-Tannay-Le Mont-Dieu. Cette bataille se termine le 25 mai par un repli français sur des positions défensives.

Les français résistent aussi à Monthermé du 13 au 15 mai, qui est, dans les plans allemands, un point de passage essentiel sur la Meuse. À Monthermé, les combats mettent en présence :

  • La 102e division d’infanterie de forteresse chargée initialement de la ligne Maginot qui doit tenir un front de 30 km sans aucune casemate. Elle ne comprend que 3 unités, le 102e régiment d’infanterie de forteresse et les 42e et 52e demi-brigades de mitrailleurs coloniaux composées de réservistes du Sud-Ouest et de 400 mitrailleurs malgaches (3200 hommes en tout).
  • La 6e Panzer Division de 14 000 hommes et 218 chars.

Un autre combat intense a lieu à La Horgne (20 km à l’ouest de Sedan) le 15 mai 1940. Dans ce village, les 2e régiments de spahis algériens et marocains s’opposent pendant 12 heures au 19e panzerkorps du général Guderian.

Le 20 mai, débute la bataille de Rethel qui est défendu par les troupes du général De Lattre de Tassigny.

Les chars de Guderian prennent la direction de la Manche L’avance des chars allemands est si rapide que la voie vers Paris est ouverte dès le 15 mai car Guderian est déjà dans l’Aisne. Les avant gardes de la 6e panzer division traversent Rozoy-sur-Serre, atteignent Montcornet et se dirigent sur Vervins. Une autre division remonte les rives de la Serre et arrive à Marle. Le 16 mai Vervins tombe et des combats importants ont lieu avec des unités françaises en retraite à Brunehamel, à Marle et au Mont Saint Jean. Le soir ils arrivent aux portes de Guise et d’Hirson. Le 3e Régiment d’auto-mitrailleuses est presque décimé à Dizy le Gros.

L’affolement de l’État-Major est tel qu’il demande l’aide anglaise car Paris est menacé, mais Guderian bifurque vers la Manche. Le coup de faucille a commencé. 

A Montcornet, les Allemands font face l’assaut de la 4e division cuirassée du colonel Charles de Gaulle. En raison de la menace qui pèse sur Paris, cette division est chargée de retarder l’ennemi afin que la défense de la capitale se mette en place. De Gaulle attaque le 17 mai autour de Montcornet et Sissonne. Cette attaque surprend les Allemands dans leur chaîne logistique puisque Guderian a bifurqué vers la Manche. Accompagnée de l’infanterie, la 4e DCR désorganise l’approvisionnement de Guderian qui fait intervenir l’aviation. La 4e DCR se retire alors sur le canal de la Souche avec un bilan humain limité, mais sans conséquence majeure pour l’armée allemande. Repliée, la 4e DCR engage une seconde bataille à Crécy-sur-Serre le 19 qui échoue face à des unités très organisées. D’autres combats de chars ont lieu dans le Vermandois (2e DCR) sur les ponts de l’Oise.

La bataille pour Amiens, ville stratégique sur la Somme, débute le 20 mai. Cette ville est bombardée le 18 et le 19. Le 20 la première panzer division entre dans Amiens. Les combats dans et autour d’Amiens dureront jusqu’au 9 juin.

Le 20 mai la ville de Laon tombe et d’ultimes combats au Nord de l’Aisne ont lieu à Wassigny. Les tirailleurs sénégalais résistent une journée avant d’être submergés.

Deux divisions de panzers commandées par Gudérian arrivent à Abbeville le 20 mai. Cette ville est un tas de cendre, elle vient d’être bombardée en faisant plus de 2500 victimes civiles notamment des réfugiés du nord et de Belgique. Les alliés sont en train de découvrir que les populations civiles sont des objectifs de guerre. Le bombardement des villes provoque un exode massif qui terrifie et décourage en plus de désorganiser la logistique des Alliés.

Le détachement Spita de Gudérian arrive à Noyelle sur Mer à 20H30. L’étau est fermé.

Plus d’un demi-million d’hommes sont encerclés dont 287.000 britanniques et 172.000 soldats de la première armée ainsi que des restes des armées belges et hollandaises.

A partir du 20 mai, Guderian parvient à couper les armées alliées en deux. Au Nord, les Allemands sont aux portes de Lille et les combats s’intensifient avec, face à eux, Rommel et sa 7e Panzer division. Au Sud, les armées françaises sont déstabilisées et doivent se réorganiser. Ce sera la ligne Weygand.

Bilan des pertes du 10 au 20 mai 1940

En 10 jours, 12 597 soldats sont tués soit 21,5 % des pertes totales de l’armée française répertoriées dans la base « Mémoire des hommes » pour la campagne de France (incluant la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas).

Au cours de la campagne de Belgique, 2 980 soldats perdent la vie (dont 2674 en Belgique). La percée des Ardennes à la Manche entrainent la mort de 9 170 soldats. Enfin, 337 soldats sont tués lors des bombardements en Moselle.

Tableau 1 – Les chiffres clés de la percée allemande du 10 mai au 20 mai 1940

Lieux de décèsEffectifsPourcentages
L’offensive allemande dans la moitié Nord/Est de la France (10-20 mai)9 17072,8
L’offensive allemande au Luxembourg590,5
L’offensive allemande aux Pays-Bas2472,0
L’offensive allemande en Belgique2 67421,2
Autres départements français4473,5
Ensemble12 597100
Source : SGA-Mémoire des Hommes / Claude Dupuy

Pour citer cet article : Claude Dupuy, 2020, « Lieux des combat et pertes humaines : une chronologie détaillée (10 mai-20 mai) », Les Soldats Oubliés, (année, mois, jour de consultation), consulté depuis http://mortsoublies.fr.

Source de l’image : Frankreichfeldzug, Panzer IV, German Federal Archive, PK 670. Bundesarchiv, Bild 101I-055-1599-31 / Eckert, Erhardt / CC-BY-SA 3.0 / CC BY-SA 3.0. Licence Creative Commons, DE.

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